Intelligence artificielle… Doit-on la craindre ou l’accélérer ?

Aurelie 4 novembre 2014 0
Intelligence artificielle… Doit-on la craindre ou l’accélérer ?

En mai 2014, à Hong Kong, le premier patron robot a été nommé à un Conseil d’administration (Huffingtonpost le 16 mai 2014). Ainsi un algorithme participe désormais aux décisions stratégiques. L’entreprise qui l’a ’embauché’ mise sur son analyse fiable des données, notamment en ce qui concerne les résultats prévisionnels ou les futurs investissements. La programmation du robot a également l’avantage de le rendre incorruptible. De plus, ses décisions sont toujours objectives, dénuées de toute émotion.

Les chercheurs américains Nathan Kuncel et Deniz Ones de l’université du Minnesota ont dans le même temps publié une étude dans la Harvard Business Review : les ordinateurs identifient mieux les meilleurs candidats que les recruteurs. L’analyse de l’ensemble des données collectées (CV, notation, évaluation, compte-rendu d’entretien, etc) sur le candidat permet de voir si ses compétences sont en adéquation avec le poste, et ce, sans jugement subjectif ou a priori. Ainsi, toute forme de discrimination est potentiellement éliminée.

Ainsi, peu à peu, les algorithmes s’imposent. Le développement des nouvelles technologies de l’information a accéléré la quantité de données à traiter. Un simple cerveau humain n’a pas une capacité de traitement suffisante dans cette numérisation du monde, tandis que les robots, eux, sont toujours de plus en plus puissants et performants. La rentabilité des machines fait concurrence à l’homme depuis longtemps. Mais aujourd’hui, de nombreux progrès ont été réalisés au niveau du développement de l’intelligence artificielle et il ne faudrait pas que cette dernière prenne des décisions complexes et subtiles nous concernant.

Dans son dernier ouvrage «The Second Machine Age», l’économiste Erik Brynjolfsson aborde la mécanisation du travail cognitif grâce à la puissance de calcul et d’analyse des machines et la démultiplication des réseaux. Pour l’économiste, le nouvel âge de la machine est numérique, exponentiel et combinatoire. Les arguments de prospérité de croissance grâce aux machines ne doivent pas faire perdre de vue qu’un être humain, par sa complexité, ne peut pas être assujetti au résultat d’une simple équation. Pour reprendre une partie du discours d’Erik Brynjolfsson qui préconise une course de l’homme «avec» la machine et non pas «à côté» d’elle ou en concurrence : «La technologie seule ne suffira pas. La technologie n’est pas notre destin. Nous façonnons notre destin».

Est-ce le grand combat de demain? La compétition entre le cerveau humain et celui des machines… On sait aujourd’hui que la machine apprend mieux et plus vite que l’homme. Elle sait lire, comprendre des informations complexes, produire des raisonnements, écrire, transmettre ses connaissances à une autre machine, reconnaître des objets. En gros, les tâches accomplies chaque jour par 80 % des salariés des entreprises des pays développés. Voilà ce que nous disent les spécialistes du langage appliqué aux machines.

L’homme est-il battu d’avance? Non, répondent les chercheurs en neurosciences. Grâce aux nouvelles technologies des neurosciences, qui permettent de pénétrer à l’intérieur du cerveau, d’en comprendre mieux le fonctionnement et le langage, ses capacités devraient être largement augmentées. Après tout, l’intelligence des machines prend modèle sur l’intelligence de l’homme en tentant de l’augmenter, de la rendre plus performante et plus rapide. Réaliser un travail du même ordre sur l’intelligence humaine, c’est permettre à l’homme de demain de travailler avec, et non contre les machines.

Tout comme la machine à vapeur a changé le monde du 18ème siècle ou l’électricité celui du 19ème, les progrès des technologies vont apporter des modifications majeures dans le monde du 21ème siècle. L’élément nouveau, c’est qu’il ne s’agit plus d’une seule technologie de rupture, mais d’un faisceau d’innovations, venant de plusieurs mondes : l’informatique, la connectique, les micro et nanotechnologies, les neurosciences, la production d’énergie, la numérisation et le stockage des données, la vision 3D et 4D, l’intelligence artificielle… chaque spécialité empruntant aux autres. C’est cette interpénétration des technologies entre elles qui créé un mouvement exponentiel.

La diffusion des robots de services s’accélère, l’agriculture est un consommateur de robots de plus en plus significatif, quant au marché des robots de services à usage personnel, avec des robots de loisir, des robots jouets dont les Japonais et les Sud-Coréens sont particulièrement friands. Dans l’industrie, les ventes de robots industriels augmentent dequasiment 40 % par an depuis 2010. Qui en acheté le plus ? Le Japon (28 000, 16 % du total), suivi de près par la Corée du Sud (25 500, 15,3 %), la Chine (22 000, 13,2 %), les États-Unis (20 500, 12,3 %), l’Allemagne (19500, 11,7 %). Ces chiffres ne sont pas illogiques puisqu’ils sont représentatifs de la puissance de l’appareil industriel des différents pays et notamment de l’importance de leur industrie automobile, étant donné que 36 % des robots industriels sont installés sur les chaînes de production de voitures.

S’agit-il d’une nouvelle révolution industrielle? L’industrie est à la veille d’une révolution liée aux progrès de l’intelligence artificielle et qui se traduit par la fusion entre le monde réel et le monde virtuel au sein de ce que les experts nomment aujourd’hui des Cyber Physical Systems, ou CPS. Il s’agit d’assembler des micro-ordinateurs embarqués, puissants et autonomes, mis en réseaux les uns avec les autres et connectés à l’Internet, dont la puissance autorise aujourd’hui la connexion des ressources, de l’information, des objets et des hommes.

L’Internet des objets et des services rend possible la transformation de l’ensemble du processus de production et la conversion des usines en «espaces intelligents» au sein d’un Cyber Physical Production System (CPPS), une sorte de chaîne numérique qui intègre la production, le stockage, le marketing, la distribution et le service. Cela nécessite l’emploi d’une multitude d’ordinateurs miniaturisés, de capteurs, de robots, de microcalculateurs formant, comme le dit l’un des meilleurs spécialistes de cette nouvelle science, le professeur Wahslter, de l’université de la Sarre, «une immense colonie de fourmis virtuelles, invisibles, participant à la fabrication des produits.»

Derrière cette dématérialisation du monde physique pointe un autre concept, celui de cloud manufacturing. Tout comme pour le nuage informatique dans lequel les entreprises localisent le stockage et le traitement des données au sein de fermes de serveurs et de centres de calcul dont elles ne sont pas propriétaires, l’entreprise de demain pourrait fort bien «louer» des tranches de process industriels qu’elle piloterait à distance à d’immenses plates-formes de production autonomes, totalement automatisées et connectées, situées à des milliers de kilomètres de ses bases.

Quelles sont les conséquences pour les emplois? Toute rupture technologique modifie en profondeur la nature du travail et l’automatisation et la robotisation d’un nombre de plus en plus important de tâches va provoquer un bouleversement majeur. Des tendances se dessinent : les emplois industriels vont progressivement s’effacer au profit de fonctions nouvelles, liées au contrôle des processus de production automatisés. Mais d’autres activités vont apparaître et se développer, en relation avec la diffusion des nouvelles technologies et des innombrables applications dont elles peuvent faire l’objet.

Il est probable que se forme un nouveau secteur, que l’on pourrait baptiser «quaternaire», mêlant nouvelles technologies et nouveaux services, qu’il s’agisse de la santé, de l’agriculture, de l’assistance aux personnes, des loisirs, de la culture. L’allongement de la durée de la vie va conduire vers une réorganisation des périodes de formation, d’activité et de non-activité, qui devront échapper à la linéarité d’aujourd’hui pour se reconstruire selon des rythmes différents. De nouvelles théories émergent du coup, comme la déconnexion entre les revenus et le travail ou une taxation beaucoup plus importante du capital.

Quid du futur? Allons-nous vivre prochainement dans une ère d’abondance qui permettra à tous les habitants de la planète de trouver ou de créer les ressources dont ils auront besoin? Si le monde n’est plus linéaire, s’il devient exponentiel, est-ce une bonne nouvelle…?

Ils vous font peur les ‘robots’ ? Ou au contraire, avez-vous hâte de les voir nous remplacer dans un tas de tâches répétitives pour pouvoir nous consacrer à des choses plus captivantes ? 🙂

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