Restons légers, sans peur et libres !

Aurelie 17 novembre 2015 0
Restons légers, sans peur et libres !

Le photographe chinois Li Wei nous entraîne en apesanteur… Et le sage Krishnamurti (1895-1986) nous invite à la méditation: « Ne pouvons-nous pas vivre pleinement, sereinement, dans une grande extase et véritablement en paix ? N’avez-vous jamais considéré si vous ne pourriez pas vivre d’une vie complètement dépourvue d’efforts et de luttes ? Nous faisons sans cesse des efforts pour changer ceci, pour transformer cela, pour supprimer une chose, en accepter une autre, pour imiter, pour mettre en pratique certaines formules et certaines idées. Je me demande si nous nous sommes jamais préoccupés de savoir s’il est possible de vivre sans conflit – non pas pour cela nous retrancher dans un isolement intellectuel ou dans une ambiance émotive, sentimentale et brouillonne. Mais au contraire de vivre sans aucun effort du tout. On se pose la question – et il me paraît qu’elle en vaut la peine – la question de savoir s’il est possible de vivre, tout effort étant éliminé, sans pour cela tomber dans la paresse, l’isolement, l’indifférence, l’insensitivité, la torpeur. Toute notre vie, depuis l’instant de notre naissance jusqu’à celui de notre mort, se passe dans une lutte interminable pour nous adapter, nous modifier, pour devenir quelque chose. Et cette lutte, ce conflit engendrent la confusion, émoussent l’esprit et nos cœurs deviennent insensibles. »

« Le conflit existe évidemment en nous à cause de nos contradictions intérieures, lesquelles s’expriment extérieurement dans la société, dans les activités du « moi » et du « non moi » ; autrement dit, du « moi » avec toutes ses ambitions, ses élans, ses recherches, ses plaisirs, ses anxiétés, sa haine, sa compétition, sa peur, et de l’cc autre » qui est le « non moi ». En face de cela il y a cette idée d’une existence sans conflits, sans désirs, sans recherches, sans poussées contradictoires. En prenant conscience de notre état de tension, nous pouvons contempler tout le tableau en nous-mêmes, les crispations issues d’exigences contradictoires, de conscience, d’idées, de recherches opposées. »

« C’est cette dualité, cette opposition dans nos désirs, avec leurs craintes et leurs contradictions, qui entraînent le conflit. Il me semble que ceci est assez clair quand nous observons la chose en nous-mêmes. Ce thème se répète sans cesse, non seulement dans notre vie quotidienne, mais encore dans la vie religieuse – entre le paradis et l’enfer, le bien et le mal, le noble et l’ignoble, l’amour et la haine et ainsi de suite. Si je puis vous le suggérer, je vous en prie, ne vous contentez pas d’écouter les paroles, mais observez-vous vous-mêmes, sans analyser mais utilisant l’orateur comme un miroir dans lequel vous pouvez vous contempler réellement, prenant ainsi conscience du fonctionnement de votre esprit et de votre cœur, tandis que vous regardez dans ce miroir. On peut voir comment la division sous toutes ses formes, la séparation ou la contradiction en soi-même ou en dehors de soi-même, suscitent inévitablement un conflit entre la violence et la non-violence. »

« Toute religion, ancienne ou moderne, est l’œuvre de propagandistes et n’est par conséquent pas une religion. Plus on est sérieux, plus on s’intéresse à la qualité de notre vie, plus on recherche la vérité et plus on met en doute sans accepter, sans croire. On veut être libre dans le but de découvrir si la réalité existe, s’il existe quelque chose d’éternel, d’intemporel ou non. Il y a cet extraordinaire besoin d’être libre dans tous nos rapports. Mais en général cette liberté devient un processus d’auto-isolement et n’est par conséquent pas la vraie liberté. »

« Même notre besoin de liberté est empreint de peur. Parce que celle-ci peut signifier une insécurité complète et absolue, et cette insécurité nous paraît redoutable. Elle nous semble être une chose très dangereuse – chaque enfant aspire à la sécurité dans ses rapports avec l’extérieur. Et à mesure que nous vieillissons nous continuons à aspirer à la sécurité, à la certitude dans tous nos rapports avec les objets, les gens et les idées. Ce besoin de sécurité engendre inévitablement la peur et, ayant peur, nous dépendons de plus en plus des choses auxquelles nous sommes attachés. C’est ainsi que surgit la question de la liberté et de la peur, et on se demande s’il est le moins du monde possible d’être affranchi de cette peur, non seulement physiquement mais psychologiquement, non pas superficiellement mais encore dans les recoins les plus obscurs et les plus profonds de notre âme, dans ces mêmes recoins secrets qui n’ont jamais été pénétrés. »

« L’esprit peut-il être entièrement et complètement affranchi de toute angoisse ? C’est la peur qui détruit l’amour – ceci n’est pas une théorie – c’est elle qui facilite l’anxiété, l’attachement, la possessivité, la domination, la jalousie dans tous nos rapports, et c’est elle qui provoque la violence. Comme on peut l’observer dans les villes surpeuplées avec leur explosion démographique, il y a une grande insécurité, une grande incertitude, une grande anxiété. C’est là en partie ce qui pousse à la violence. »

« Seul un esprit affranchi de la peur peut faire face à la réalité. S’il y a une peur quelconque, l’esprit est en désordre, déformé et par conséquent il n’a pas de clarté. La peur dure tant que vous fuyez ce qui est. S’identifier totalement à quelque chose, à une personne ou à une idée, n’est pas une garantie de l’évasion finale, car cette peur est toujours à l’arrière-plan. »

La peur peut-elle être complètement éliminée? « Ne dites pas que c’est réservé aux gens illuminés et toutes ces bêtises. Vous pouvez l’éliminer si vous y mettez tout votre cerveau et tout votre cœur – complètement, pas à moitié. Et vous pourrez constater par vous-même l’immense beauté que cela recèle, un sentiment de liberté absolue – pas libre d’un pays ou d’un gouvernement, le sentiment de l’énorme amplitude de la liberté, de l’immensité de la liberté. Allez-vous le faire ? Aujourd’hui, maintenant ? A partir de maintenant, voyant la cause de la peur, y mettre fin. Tant que la peur existe – biologiquement, physiquement, psychologiquement – elle nous détruit. »

Pouvez-nous concevoir que « toute peur se termine dès que vous réalisez que vous en êtes l’auteur » ? Krishnamurti nous exhorte à regarder nos peurs en face, pour nous en affranchir en profondeur…

 

 

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