Nos enfants ne bougent pas assez !

Aurelie 29 mars 2016 0
Nos enfants ne bougent pas assez !

Multiplication des écrans, surprotection des enfants, normes de sécurité accrues: les facteurs qui rendent les plus jeunes trop sédentaires se multiplient. Une dérive qui a des répercussions sur leurs facultés motrices et cognitives.

L’activité physique a progressivement fait place à des comportements beaucoup plus sédentaires, y compris chez les enfants de 0 à 6 ans. Selon des études récentes, les enfants passent la majorité de leur temps d’éveil dans des occupations passives et le temps passé chaque jour devant un écran serait supérieur à une heure. Télévision, tablette et smartphone constituent désormais une part importante de l’activité des plus petits. Ajoutons à cela de longues périodes passées dans un lieu sans liberté de mouvement – comme les sièges auto ou les «baby-relax» –, l’utilisation régulière de poussettes malgré l’acquisition de la marche ou encore les nombreux déplacements en voiture… En trente ans, la condition physique des enfants a baissé de 10 à 15%, essentiellement en ce qui concerne les capacités nécessaires dans les activités d’intensité modérée ou d’endurance.

Autre effet concret de ce phénomène: la moitié des enfants de 6 ans ont aujourd’hui des difficultés liées à l’équilibre, et ne parviennent plus à accomplir certains mouvements aussi simples que des roulades avant. Nombreux sont aussi ceux qui peinent à s’orienter dans l’espace de par le fait que les écrans limitent le développement de la coordination visio-spatiale dans la troisième dimension. Du coup, certains enfants manifestent de la difficulté à empiler des cubes les uns sur les autres alors qu’ils recomposent facilement un puzzle sur tablette.

De plus en plus d’enfants arrivent à l’école avec des problèmes de coordination ou des troubles de la concentration. D’autres présentent également des baisses de l’habilité en ce qui concerne la motricité fine. Ce qui engendre des complications d’écriture, par exemple. Ces phénomènes peuvent avoir un lien avec un manque d’expérimentation au niveau de la motricité globale dans la petite enfance.

Retards difficiles à rattraper

Autre aspect problématique: l’augmentation des traumatismes de l’appareil musculosquelettique en lien avec la sédentarité. Ainsi, le vélo est aujourd’hui la cause la plus fréquente d’accidents chez les enfants de 10 à 14 ans, ces derniers ne sachant plus rouler lentement et coordonner leurs mouvements dans la circulation. «Nous vivons dans un monde qui ne bouge plus. Face à cela, il y a des vérités scientifiques qui ressortent clairement et qui vont aller en s’amplifiant si on ne fait pas quelque chose, s’inquiète Mario Gehri, médecin-chef à l’Hôpital de l’enfance à Lausanne. Nous avons notamment noté une hausse massive, chez les patients entre 10 et 15 ans, des pathologies orthopédiques telles que des troubles de l’axe. Autant d’affections que l’on ne voyait pas avant et qui peuvent clairement être corrélées avec un manque d’agilité.»

Un constat d’autant plus frustrant qu’il a été scientifiquement prouvé que, en deux mois seulement, quinze minutes d’activité physique par jour permettent d’améliorer l’équilibre des enfants de 40% et de diviser les taux d’accidents par deux. «Moins on s’exerce, moins on se sent habile et moins on a de plaisir à entrer en mouvement, remarque Lise Miauton Espejo, cheffe de clinique à l’Hôpital de l’enfance et coauteure, avec Mario Gehri, d’une étude récente portant sur l’importance de l’activité physique dans la petite enfance. Les enfants se mettent alors en position de retrait et évitent les activités où ils ne se sentent pas à l’aise. Cela a des conséquences, puisque plus un enfant bouge, mieux il connaît les limites de son corps et moins il a de risques de se blesser.»

Ces différences en termes d’habilités motrices peuvent être importantes, même chez les plus jeunes. Il faut savoir que le cerveau se développe très rapidement. Ainsi, dès 6 ans, le potentiel est déjà quasiment le même que chez l’adulte. Il est donc déterminant de cumuler les expériences avant cet âge, sans quoi l’acquisition de nouveaux mouvements prend malheureusement beaucoup plus de temps. L’être humain a été programmé pour acquérir des compétences à des âges bien déterminés. Rattraper cela plus tardivement s’avère très compliqué.

Diverses études, publiées notamment dans la revue américaine Pediatrics, ont encore démontré que les enfants bougeant suffisamment et de manière variée font une utilisation beaucoup plus intensive de leurs connexions neuronales. Les informations circulent plus rapidement et de manière ciblée, les capacités attentionnelles s’améliorent. Les mouvements sont eux aussi plus précis. A contrario, l’inactivité a pour effet d’appauvrir les liaisons cérébrales, induisant un ralentissement du flux des informations. Outre les facultés cognitives, plusieurs travaux tendent également à établir qu’il existe une relation positive entre l’augmentation de l’activité physique et la santé cardiométabolique ou la santé osseuse.

Surprotection

Comment en sommes-nous arrivés à une telle forme de sédentarité chez nos plus petits? Comment nos sociétés en sont-elles venues à promouvoir des transats pour bébé avec porte-iPad intégré (numéro un des ventes aux Etats-Unis à Noël !) ou encore des poussettes avec siège ajouté à l’arrière pour un deuxième jeune passager en âge de marcher? La réponse est avant tout culturelle et principalement liée à un phénomène de surprotection vis-à-vis des enfants, tant de la part des parents que des éducateurs en crèche ou des enseignants à l’école.

Bien souvent, les adultes projettent leurs propres craintes sur les risques que peuvent encourir leurs enfants, freinant par là même leur besoin naturel de bouger. Ils ont parfois aussi tendance à sous-estimer les capacités des petits, empêchant ainsi une forme de responsabilisation. Des constatations empiriques ont toutefois relevé que, si on laisse un petit se débrouiller par lui-même, il y a peu de risques qu’il se mette réellement en danger. Car, dans le cadre d’un environnement sûr et adapté, la plupart des enfants sont capables d’auto-estimer leurs limites.

Les contraintes en termes de sécurité imposées aujourd’hui dans les écoles ou encore la peur de représailles juridiques en cas de blessures compliquent également la tâche des enseignants, et ont un impact important lorsqu’il s’agit de prévoir des sorties ou des activités physiques.

Alors, bougeons avec nos enfants ! Incitons-les à jouer, à marcher, à courir, à danser, à faire du sport, allons aux plaines de jeux ! Et pensons à Florence Foresti et son sketch sur les « bons » moments que peuvent vivre les parents lorsqu’ils partagent de longs après-midi au parc avec leurs enfants ! Allez, courage, c’est pour leur bien !

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