Une réfugiée bientôt championne olympique ?

Aurelie 4 avril 2016 0
Une réfugiée bientôt championne olympique ?

Une équipe de réfugiés participera aux Jeux olympiques de 2016, à Rio. Le Comité international olympique a identifié trois athlètes qui avaient fui leur pays dans le cadre de la crise des réfugiés et qui pourraient prétendre à une qualification pour les Jeux olympiques de Rio. Il s’agit d’une nageuse syrienne qui s’entraîne en Allemagne, d’un judoka de la république démocratique du Congo réfugié au Brésil, et d’une Iranienne pratiquant le taekwondo et qui s’entraîne en Belgique.

J’ai appris, en écoutant Europe1, que la nageuse syrienne, qui a 18 ans, a risqué sa vie en traversant la Mer Egée avec 20 autres personnes. Elle a témoigné d’un grand courage car elle n’a pas hésité à sauter dans l’eau, étant une des rares à savoir nager, pour permettre à tout le monde d’être sauvé… C’était en été 2015, Yusra Mardini avait quitté Damas, avec sa soeur aînée Sarah, autre espoir de la natation syrienne. Sa famille avait déménagé à maintes reprises pour éviter de s’exposer aux combats et pour lui permettre de continuer de pratiquer son sport. Mais la guerre s’est intensifiée et la résidence familiale a été détruite. Les Mardini ont alors choisi l’exil.

Yusra a quitté la Syrie avec Sarah avant le reste de la famille. Les deux soeurs ont rejoint le Liban puis la Turquie, où elles ont payé des passeurs pour les conduire en Grèce. Leur première tentative de traversée en mer Égée a été interrompue par des garde-côtes, qui les ont ramenées en Turquie. Elles ont retenté leur chance, dans un petit bateau pneumatique. Sur les 20 réfugiés à bord, seulement trois personnes savaient nager. Une demi-heure après le départ au crépuscule, le bateau a commencé à prendre l’eau. Les passagers ont lancé leurs bagages à la mer pour jeter du lest, mais ce n’était pas assez pour assurer la flottaison. Yusra et Sarah Mardini se sont jetées à l’eau avec le seul autre passager qui savait nager pour diriger le bateau à la nage jusqu’aux côtes grecques. Elles ont passé trois heures et demie accrochées à l’embarcation avant d’atteindre l’île de Lesbos.

Les soeurs Mardini ont parcouru l’Europe pendant des semaines après avoir touché terre en Grèce. Elles se sont cachées dans des champs de maïs pour échapper aux policiers et atteindre la Hongrie depuis la Serbie. En Hongrie, elles se sont fait donner et voler des vêtements et ont perdu d’importantes sommes d’argent pour des billets de train qu’elles avaient achetés, mais qu’elles n’ont pu utiliser parce que les autorités ont refusé de laisser partir des trains pleins de réfugiés. Malgré tout, elles ont gardé le sourire, même quand elles se faisaient arrêter. Les policiers s’expliquaient mal qu’elles puissent rire au moment de l’interpellation. «On leur disait qu’on ne pouvait pas avoir peur d’eux après avoir failli mourir en mer», relate Yusra Mardini.

Les deux soeurs ont finalement réussi à atteindre l’Autriche, puis l’Allemagne, leur destination. Un traducteur égyptien qu’elles ont rencontré dans leur refuge de Berlin les a mises en contact avec un club de natation local. Elles y ont rencontré l’entraîneur Sven Spannekrebs, avec lequel elles ont recommencé leur vie d’athlète.

 

Yusra Mardin et son entraîneur, Sven Spannekrebs

 

Spannekrebs a tout de suite remarqué le talent de Yusra et est emballé par les progrès qu’elle a réalisés ces derniers mois, au point de penser qu’elle pourrait viser les Jeux olympiques dès 2016 et non en 2020, comme il le projetait d’abord.

Yusra Mardini fait partie des 43 athlètes dont les candidatures ont été envoyées au Comité international olympique (CIO) pour former une équipe de réfugiés aux Jeux de Rio. Les noms des 5 à 10 athlètes choisis seront dévoilés par le CIO en juin. La nageuse syrienne espère surtout être de l’épreuve du 200 m libre à Rio. « C’est la chance d’une vie, dit-elle. Je dois travailler fort. »

C’est difficile de quitter son pays. Je ne suis pas la seule à avoir vécu ça, nous sommes des milliers, alors ça rend les choses plus faciles. On se soutient.

 

Yusra Mardini près du stade olympique de Berlin
Yusra Mardini près du stade olympique de Berlin

 

Quand les J.O. deviennent tout un symbole, quand les vrais héros sont mis à l’honneur, quand des réfugiés sont reconnus comme étant des citoyens à part entière, quand le sport déjoue le mauvais sort… cela fait du bien… Pourvu qu’Yusra aille très loin !

Merci à Radio-Canada d’avoir dressé le portrait de Yusra !

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