La vie de couple, très peu pour vous ?

Aurelie 12 juin 2016 0
La vie de couple, très peu pour vous ?

Un article du Huffington Post rédigé par Krysti Wilkinson que je reprends ci-dessous m’a beaucoup amusée: nous voudrions les avantages du couple mais sans les inconvénients ?! Sommes-nous une génération allergique à l’engagement ?

Voici l’article du Huffington Post:

« On veut que nos clichés Instagram du week-end montrent deux tasses à café, qu’il y ait une autre paire de chaussures sur les photos pseudo-artistiques de nos pieds. On veut un statut Facebook « En couple » avec son lot de mentions « J’aime » et de commentaires. On veut que les réseaux sociaux nous désignent comme le « petit couple parfait », un rancard pour bruncher le dimanche matin. On veut quelqu’un qui compatit quand vient le moment de reprendre le boulot le lundi, qui nous envoie des textos pour nous souhaiter une bonne journée, quelqu’un avec qui partager notre fast-food hebdomadaire, un-e cavalier-ère pour tous les mariages auxquels on ne cesse d’être invités (mais comment font ces gens pour trouver l’âme sœur?). Mais notre génération ne veut pas d’une vie de couple.

Sur Tinder, on « swipe » à gauche pour passer au suivant, toujours dans l’espoir de rencontrer la bonne personne. On essaie de passer commande pour trouver sa moitié comme on va sur Allo Resto. On lit des articles comme 5 moyens de savoir que tu lui plais et 7 méthodes pour qu’il/elle soit à vos pieds », dans l’espoir de transformer quelqu’un en partenaire idéal-e, comme un projet sur Pinterest. On passe plus de temps sur son profil Tinder qu’à travailler sur soi-même. Et pourtant, on ne veut pas être en couple.

On « discute », on s’envoie des textos et des sextos, on va sur Snapchat. On traîne ensemble, on prend l’apéro, on va au café et on boit une bière, tout sauf un vrai rendez-vous. On s’envoie des messages privés sur Facebook pour se retrouver, on parle de tout et de rien pendant une heure, tout ça pour rentrer chez soi et continuer à s’envoyer des textos. On se prive de la chance d’établir la moindre connexion en jouant à des jeux auxquels personne ne sort gagnant. C’est à celui ou celle qui se montrera le/la « plus détaché-e », qui aura « l’attitude la plus nonchalante » et sera le/la « plus sentimentalement indisponible ». A ce petit jeu, on finit par gagner le statut de « personne la plus susceptible d’être seule ».

On veut la forme d’une relation sans le fond. On veut se prendre la main sans se regarder dans les yeux, flirter sans se parler sérieusement. On veut les belles paroles sans le véritable engagement, les anniversaires à fêter sans se taper les 364 jours restants. On veut vivre un conte de fées mais on refuse de s’impliquer dans le moment présent. On veut créer des liens très forts tout en gardant le côté superficiel. On rêve d’un amour à toute épreuve, sans les épreuves.

On veut accorder notre confiance à une personne, mais pas suffisamment pour qu’elle nous fasse du mal. On veut des répliques à l’eau de rose quand on nous drague sans pour autant se laisser embarquer… ce qui impliquerait la possibilité de se faire larguer. On veut être transportés, mais en gardant les pieds sur terre. On veut continuer à chercher l’amour mais pas tomber amoureux.

On ne veut pas être en couple mais on veut des sex friends, regarder une série et plus si affinités, ou des photos de nus sur Tinder. On veut tout ce qui nous donne l’illusion d’être en couple sans l’être véritablement. On veut les avantages sans les inconvénients, la victoire sans l’effort. On veut créer le lien, mais pas trop. S’engager juste ce qu’il faut. On avance pas à pas, histoire de voir où la relation nous mène. Aucune urgence à coller des étiquettes, on fait simplement des trucs ensemble, point. On reste sur nos gardes, sans trop s’approcher. On joue avec leurs émotions mais encore plus avec les nôtres.

Quand la relation commence à devenir sérieuse, on fuit. On se cache, on se défile. On se dit : « Un-e de perdu-e, dix de retrouvé-e-s ». Trouver l’amour est toujours possible. Le garder, aujourd’hui, c’est autre chose …

On espère que notre prochain coup de cœur nous rendra heureux-se. On veut pouvoir télécharger la personne idéale comme une nouvelle application, que l’on peut mettre à jour à la moindre anicroche, classer sans encombre, et supprimer quand elle ne nous est plus d’aucune utilité. On ne veut pas voir qui on est vraiment ni, pire encore, aider l’autre à savoir qui il est. On veut dissimuler nos faiblesses derrière des artifices, camoufler les imperfections à l’aide d’un filtre Instagram, choisir un nouvel épisode sur Netflix au lieu d’avoir une vraie discussion. L’idée d’aimer quelqu’un malgré ses défauts nous séduit. Pourtant, nous avons des secrets inavouables que nous ne comptons jamais dévoiler.

Notre génération pense que tout lui est dû, de l’amour au boulot à temps plein à la fin des études. La culture de « la médaille pour tous ceux qui ont participé  » nous a appris que si on voulait quelque chose, c’est qu’on y avait droit. Nos cassettes vidéo Disney, usées jusqu’à la corde, nous ont montré l’amour véritable et les happy ends. Avec si peu d’efforts, on se demande bien pourquoi notre prince charmant ne s’est pas manifesté… On attend sans rien faire, inquiets de ne pas trouver chaussure à notre pied. Où est notre lot de consolation? On était pourtant à l’heure au rendez-vous. Où est la relation que l’on est en droit d’attendre? Le véritable amour qu’on nous a promis?

On veut un bouche-trou, pas quelqu’un. Une présence physique, pas un-e partenaire. On veut quelqu’un à nos côtés sur le canapé pendant qu’on fait défiler notre fil d’actu par désœuvrement ou qu’on ouvre une nouvelle application pour passer le temps. On veut jouer sur tous les tableaux: prétendre qu’on ne ressent rien et ne rien cacher de nos sentiments, vouloir être désiré par quelqu’un mais ne désirer personne. On joue les difficiles, juste pour savoir si quelqu’un ira suffisamment loin pour tenter de nous conquérir, un comportement qui nous laisse même parfois perplexes. On discute des règles du jeu entre amis mais personne ne les connaît vraiment. Le problème avec notre génération qui ne veut pas être en couple, c’est qu’elle se ment à elle-même. »

Voici ma « réponse », moi qui ai aujourd’hui 42 ans et une relative expérience du couple puisque je vis avec mon amoureux depuis un peu plus de 10 ans 🙂

« Je me suis souvent posé la question de savoir si j’étais faite pour vivre en couple. Je ne conçois pas la vie sans partager, et en même temps j’aime être seule à seule. Inévitablement, certains moments du quotidien ternissent la vie à deux. Combien de fois ne me suis-je pas dit qu’il aurait été préférable que je gère seule certaines situations plutôt que d’imposer mes états d’âme, mes humeurs et mon anxiété à celui qui partage ma vie. Et en même temps l’autre me fait faire des bonds, me fait évoluer à une vitesse inespérée. Vivre à deux, c’est constamment se confronter à soi-même. La vie de couple me permet, je le réalise à peine, de devenir pleinement moi-même. Il ne s’agit pas d’un ‘moi’ factice, lisse, mais un ‘moi’ plus entier, plus rugueux, moins commode à gérer mais plus authentique.

Vivre à deux, c’est rencontrer l’altérité, celle de notre partenaire évidemment, mais aussi notre propre part d’inconnu. Nous sommes aussi ‘autre’ et notre compagnon est souvent le meilleur canal pour découvrir nos différentes facettes. C’est très tentant de se soustraire à tout regard, mais être seul, c’est aussi affronter notre propre jugement qui peut parfois être bien plus difficile à vivre que celui de l’autre. Les tensions et conflits sont révélateurs, ils mettent si bien en lumière nos zones d’ombres. Soit on les nie, soit on les regarde bien en face. On devrait même pouvoir se réjouir de vivre un conflit ensemble car il apporte l’occasion de mettre fin à un comportement ou à une insatisfaction chroniques. Quelle évolution quand une confrontation, au lieu de nous mettre dans une humeur assassine, nous donne le sourire !

Le couple, c’est le test permanent de l’estime de soi, car on se permet de se dire des choses que l’on ne dirait à personne d’autre. Vivre en couple permet de dépasser l’orgueil et la fierté mal placés, de ne plus être déstabilisés au moindre reproche. C’est un défi permanent d’écouter l’autre tout en se faisant entendre. Quand on sait ce que l’on vaut, quand on se sent solide intérieurement, la relation renforce notre personnalité. Reconnaître les qualités de la personne avec qui l’on partage sa vie, sans se sentir dévalorisé – ou agacé ! – de ne pas les avoir, être capable de ne pas juger systématiquement l’autre, de ne pas relever chacune de ses contradictions, incohérences, mesquineries – en étant conscient que nous en avons tout autant – c’est dépasser l’égo, et tiens, rien que pour cela, cela vaut la peine de tenter l’aventure, non ?

Depuis la nuit des temps, on s’épanche sur la passions, sur la force et la confusion des sentiments et on se pose les mêmes éternelles questions : comment concilier amour et excitation ? Comment préserver l’intensité, la jouissance, le plaisir, la sublimation dans une relation qui s’installe dans la durée ? Abandonnons le leurre que la vie de couple doit être toujours palpitante, sans tomber toutefois dans une relation qui n’a plus aucune saveur ! On se simplifie beaucoup la vie quand on cesse d’avoir des attentes démesurées, quand on cesse de faire peser sur son couple toutes sortes de fantasmes. Combien de mes amis se sont fourvoyés en espérant que leur duo amoureux puisse combler tous leurs manques. Ma génération connait les séparations douloureuses, les familles de multiples fois recomposées. J’ai le sentiment aujourd’hui que chacun cherche à vivre un engagement constamment renouvelé, qui repose sur davantage de bienveillance, d’abord envers soi-même.

Vivre en couple, est-ce quitter le territoire de la passion ? Je crois que si un couple dure, c’est grâce à un début ‘passionnant’. C’est si touchant de renouer avec les débuts d’une relation. Encore que… les débuts d’une histoire ne sont pas forcément les meilleurs. On se tourne autour, on se guette, on s’inquiète, on n’ose pas être totalement soi. En se connaissant davantage, on cesse le jeu des apparences, on quitte la superficialité, on dépasse la séduction, il n’y a plus de calcul, juste l’envie de chérir sa relation à l’autre, on peut alors expérimenter réellement ce qu’est vivre ensemble. Plus le temps passe, plus on a partagé des expériences, plus existe une connexion – presque surnaturelle – entre deux êtres, cette impression d’être connectés en tout lieu et toute heure, le fait aussi que tu sais déjà à l’avance ce que l’autre va dire ou faire. C’est d’ailleurs ce qui fait que certains couples se lassent de leur relation car tout leur semble trop prévisible, sauf si… justement intervient un processus d’évolution du fait même d’être en couple. Moi qui suis née avec un caractère hésitant, mesuré, voire carrément figé sur certains aspects, j’ai drôlement évolué en vivant avec mon amoureux qui – en me brusquant souvent – m’a amenée à devenir plus franche et audacieuse, ce qui est une évolution dont je lui suis très reconnaissante !

Une histoire d’amour, c’est comme une conversation qui se prolonge indéfiniment. D’où l’importance d’avoir suffisamment de centres d’intérêts communs. Mais aussi d’avoir suffisamment de différences pour alimenter la discussion ! C’est un subtil dosage entre convergence et divergence, un équilibre entre ce qui nous relie et ce qui nous différentie. Avoir une personnalité qui à la fois « épouse » celle de l’autre et la complète, s’apporter mutuellement ce qui fait défaut à chacun, sans se fondre l’un dans l’autre, mais former ensemble une personnalité plus complète. Nous nous heurtons inévitablement l’un à l’autre, d’où la nécessité d’arrondir les angles, mais loin de moi l’idée qu’il faille effacer les aspérités et les reliefs d’une relation, deux personnes qui s’accordent parfaitement finiraient par n’en former plus qu’une, assumons plutôt la richesse d’être deux êtres bien différentiés !

La vie avec les autres commence par la vie avec un seul autre. Prôner des grandes valeurs de solidarité, de tolérance et d’égalité quand on n’est pas capable de parvenir à s’entendre à deux, c’est contradictoire. Il me semble que tant de choses se jouent dans notre sphère intime. Si je considère mon partenaire comme totalement séparé de moi, si je cherche constamment à me différentier de ce qu’il est, ce qu’il pense ou fait, si j’ai le sentiment que je dois ‘combattre’ l’autre pour exister, c’est la voie royale pour une rupture. Or, de rupture en rupture, on constate que vivre avec qui que ce soit, même une sœur ou un frère chéris, même sa meilleure amie ou un parfait inconnu, on en vient toujours à la même question : comment accepter l’autre tel qu’il est, accepter les ‘défauts’ de ses qualités. Si on se coule dans la relation, si on devient solidaires l’un de l’autre, si on considère que « l’un est l’autre », quelle bonne base pour toutes nos relations, pour notre rapport au monde entier !

Certains répètent à l’infini un même schéma: « je te découvre, je te désire, je te connais, je me lasse de toi et je m’en vais ». Pour d’autres, l’amour c’est «on se découvre encore et encore ». Je suis très admirative des personnes qui arrivent à se réinventer constamment, qui vivent dans leur couple leurs multiples facettes, sans en laisser aucune sur le côté. Ce qui entretient la force des sentiments selon moi, ce n’est pas de vivre avec des œillères par rapport au monde extérieur, c’est bien au contraire de rester ouverts, curieux, de cultiver nos élans d’amour, de tisser d’autres liens affectifs, de nourrir passions personnelles, de conserver notre fameux jardin secret. C’est en étant confrontés aux autres que nous pouvons réaliser ce que l’autre a d’unique pour nous, non ?! Et si vivre à deux est parfois difficile, une bonne question à se poser est ‘Est-ce que nous pourrions vivre l’un sans l’autre ? » Quand on ne pense plus en termes de « cela doit s’arrêter ! » quand on rencontre une difficulté mais « comment la gérer ? » Quand on ressent que notre relation est juste, qu’elle est belle car évidente, touchante car vibrante, et que malgré les moments de grosse colère ou de déception, il reste suffisamment de ressort au fond de nous pour rebondir ensemble, alors on peut complètement se laisser aller dans une relation et c’est vachement bon !

Comment trouver le juste milieu entre l’envie que cela marche – même quand c’est très pénible certains jours ! – et le besoin de rester soi-même, de se sentir respecté, adulé aussi de temps en temps ?! Il me semble que la réponse est la voie du milieu : de l’indépendance sans tomber dans l’indifférence, des liens qui nous unissent sans nous étouffer, la vision d’un avenir radieux sans la crainte des nuages passagers. Dépasser le chacun pour soi. Je crois à la force des rituels, à la force des projets, c’est crucial de créer constamment de nouvelles perspectives réjouissantes ensemble. J’en ai fait du chemin à ce sujet… Longtemps, j’ai laissé l’autre être le moteur dans la vie de couple, or c’est pesant pour un compagnon, et pour moi aussi qui me sentais toujours en retrait ou en retard. Je préfère nettement l’équilibre où chacun – « selon ses spécialités » comme je le lisais dans mes cours d’économie – prend à tour de rôle les choses en main.

On passe inévitablement par des moments de flottement, des périodes de remise en question, ce n’est pas une ligne droite ascensionnelle, on peut se sentir plus vulnérables à certains moments. J’estime que tant que le couple se nourrit – plus qu’il ne se détruit – des difficultés qu’il traverse, il reste une magnifique aventure. Le danger ne vient pas des désaccords, mais de la réaction que nous adoptons face à ceux-ci : plutôt que les nier, il s’agit de les vivre pleinement, de les gérer, de les dépasser. Que la vie de couple ne soit pas toujours funky, je peux vivre avec cette idée mais si ce n’est qu’une succession de moments plus pénibles les uns que les autres, courage, fuyons, car oui il en faut du courage pour couper les liens avec la personne avec laquelle on s’est projeté dans l’avenir. Vivre tous les jours une tragédie grecque, non merci ! J’ai tant d’amis qui ont ‘refait’ leur vie et à qui cela réussit !

Comme nous avons besoin de nous rassurer sur notre capacité à séduire et à plaire ! On s’intéresse souvent plus à l’effet que nous faisons sur l’autre qu’à l’autre lui-même… Stendhal distinguait l’amour-passion, l’amour physique et l’amour de vanité. Il est vrai que l’on confond souvent amour-propre et amour tout court. J’ajouterais l’amour-spirituel car la sensualité, la communion des corps, n’exclut pas la communion de l’âme et de l’esprit qui m’est si chère.

George Sand a écrit ces mots à Musset qui les a repris dans «On ne badine pas avec l’amour» : «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» J’ajouterais : « J’ai aimé un être qui n’était pas factice lui non plus… »

Tentons de rester authentiques en amour, de rester fidèles à nous-mêmes, même et surtout si nous évoluons constamment. Tentons de rester nous-mêmes d’instant en instant. Si nous nous transformons, et c’est le but de notre passage sur terre, assumons cette transformation, épousons-la complètement, ne laissons pas des ‘morceaux’ de nous sur le côté, restons complets dans les liens que nous avons construit avec nos amours. »

Ne nous apprivoisons pas trop, gardons aussi notre côté « wild » l’un pour l’autre… Et « faisons l’amour », de plein de manières différentes !

 

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