Une nouvelle politique est-elle possible ?

Aurelie 15 juin 2016 0
Une nouvelle politique est-elle possible ?

Quand on lui demande comment se décide-t-on à être candidat à la présidentielle, Nicolas Hulot répond, dans une interview de Noémie Rousseau pour le journal Libération, « Je considère que cela mérite réflexion. La condition, c’est du collectif. Ce n’est pas juste de rassembler des gens qui pensent la même chose, le collectif, c’est agréger une diversité et créer une dynamique. » Voilà un homme lucide et hors de la lutte si habituelle des égos. La nouvelle politique, c’est du collectif ?

La politique sans les partis ? Nicolas Hulot: « Quelle que soit la modalité de mon intervention, elle sera affranchie de tout appareil politique, hors parti. Il n’y a pas une défiance définitive à l’égard des partis mais une désillusion absolue sur la pratique de la politique telle qu’elle s’exerce aujourd’hui. Tant que l’opposition épuisera son énergie à mettre en difficulté la majorité, notre pays restera dans une forme d’inaptitude à la réforme. »

Comment sortir de l’entre-soi ? Les partis ne sont pas suffisamment représentatifs de la société mais comment les mouvements citoyens peuvent-ils le devenir ? Un « entre-soi de contre-pouvoirs » ou un « entre-soi contre tout », cela mène à quoi ?

La politique sans les illusions ? Nicolas Hulot: « Je voudrais que les Français soient plus exigeants et cessent de penser qu’une seule personne va pouvoir sortir la France de l’ornière. »

Est-ce la fin de l’homme ou la femme providentiel(le) ? La fin du mythe du ‘sauveur’ ? La fin du désir – fou et irréaliste – qu’un individu incarne tout ce à quoi elle aspire pour la société ?

La politique où le pouvoir se partage ?  Nicolas Hulot: « Souvent, ceux que l’on a élus découvrent ou font semblant de découvrir qu’ils ont été dépossédés d’une grande partie de leurs prérogatives. Et pour dissimuler ce déficit de pouvoir, on fait une débauche de communication qui ne tient qu’un temps. Le pouvoir a été dispersé. Nous nous enferrons dans un modèle devenu inopérant, il faut adapter la démocratie aux temps actuels, sur deux rythmes. Le réactif, parce que notre monde est précipité chaque jour dans des scénarios que nous n’avions pas prévus ; et le prospectif, pour que le long terme puisse, d’une manière apaisée, documentée, être pris en compte. Cela demande un réaménagement de nos institutions. Le président doit être davantage tourné vers le long terme, concentrer moins de pouvoirs et prendre de la hauteur. Quand on a deux paires de lunettes sur le nez, pour voir de près et de loin, on voit flou. Je suis pour un mandat présidentiel plus long, non renouvelable. Le citoyen doit être beaucoup plus représenté. J’imagine une troisième chambre, le CESE [Conseil économique, social et environnemental] un lieu où la conscience précède la science, où seraient associés des experts, des sages, des élus et des citoyens tirés au sort. Elle aurait un droit de veto suspensif sur toute mesure législative qui mettrait en cause le long terme. »

Associer des experts, des ‘sages’ – mais comment les définir ?! – des citoyens de tous horizons, bref profiter de la diversité des expériences et des opinions, ce serait la troisième voie qui nous sortirait de l’impasse actuelle sans rejeter les acquis du passé ?

La politique avec une vraie participation citoyenne ? Nicolas Hulot: « Nous n’en serions pas là sur Notre-Dame-des-Landes et la loi El Khomri si la démocratie participative ou élaborative était exercée en amont. Ce temps où les lois tombaient du ciel, avec des miettes à discuter, est révolu. Le principe des votations suisses est riche d’enseignements. Les Français doivent aussi accepter, de temps en temps, que nous puissions tester les choses, expérimenter à l’échelle locale ou régionale. Et si cela ne marche pas, pas de sanction politique, soyons tolérants. Les pays scandinaves font ça, essaient et tirent des enseignements. Il faut beaucoup demander aux politiques mais pas tout leur demander. »

Devons-nous cesser de tout attendre des ‘politiques’ ? L’heure n’est-elle pas à une prise de responsabilité collective ET individuelle, politique ET citoyenne ? Avons-nous envie de participer à « la vie de la cité » ?

Nicolas Hulot prend le temps pour se décider à être ou non candidat à la présidentielle. Logique car ce n’est pas lui seul qui décide, il s’est entouré d’une équipe – il la joue vraiment collectif ! – et cette équipe et lui sont entrain de rassembler leurs idées et propositions pour construire un projet de société pour le proposer éventuellement ensuite aux Françaises et Français.

Alors que l’on soit écolo ou non, désabusé par la politique ou non, ce type de démarche n’est-il pas précurseur d’une nouvelle politique ? Une politique plus humble, plus clairvoyante, plus tournée vers le long terme, qui propose de ‘voter ‘pour’ un projet et non de voter ‘contre’ les autres, et tiens… plus tournée aussi vers nous, les citoyens ! Cela fait du bien non ?!

Un président de la République française qui fait du kite-surf, qui ose dire « Je ne sais pas » – et qui est presque ‘normal’ ! – cela vous semble envisageable ?!

P.S. En Belgique, avons-nous un ‘Nicolas Hulot’ ? 🙂

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