Que faire de notre liberté ?

Aurelie 3 mars 2017 0
Que faire de notre liberté ?

Marcel Gauchet a rédigé le Désenchantement du monde, une analyse de la religion présentée comme le principal facteur de structuration du champ social: nous avons longtemps confié à d’autres – les dieux – les clefs du réel et le sens de notre existence. La «sortie de la religion», c’est le début de la modernité et l’apparition des sociétés «autonomes», où les hommes ne se réfèrent qu’à leur propre raison et usent de leur «difficile liberté» pour façonner le monde.

Où trouver une boussole aujourd’hui ? «Nous sommes enfermés hypnotiquement dans une zone éclairée réduite à l’individu, à ses droits et à l’interminable dispute sur ce qui lui est permis et sur ce qui lui est dû. […] Nous nous acharnons à rebâtir un monde sur cette base étroite, sans y parvenir, bien sûr.» C’est que l’œil (social, idéologique, économique, culturel…), en se fixant sur les droits de l’homme, a fini par perdre de vue les fins qu’ils sont «supposés servir» et a provoqué une énorme faille entre la «démultiplication des moyens de l’autonomie» et la possibilité de leur donner une forme politique.

Conséquence : «Jamais nos capacités d’auto-production et d’auto-détermination n’ont été aussi grandes, jamais nous n’avons été aussi en mesure de les maîtriser.» C’est pourquoi «il est permis de parler de crise de la démocratie, dans l’acception la plus pleine qu’il convient de donner à ce terme – soit la mise en forme politique de l’autonomie». Plus prosaïquement, «nous ne savons pas gouverner la puissance dont nous disposons».

Le sentiment est vraiment diffus dans toutes les sphères sociales : chacun avoue ne plus savoir «dans quel monde il vit», ne plus apercevoir d’horizon et sent plus ou moins confusément qu’aucune option politique ne semble vraiment praticable.

Est-ce une « crise de plus » ? Ce que constate Gauchet, c’est que l’«immense malaise qui étreint nos sociétés», on ne sait pas même le nommer, ni, a fortiori, «s’interroger sur sa nature» et lui trouver une issue. «Nous construisons à l’aveugle, dit-il. Aussi l’édifice s’écroule-t-il à mesure qu’il s’élève, non sans produire des dégâts croissants dans cet environnement malmené». Le pessimisme du constat ne neutralise pas, cependant, l’énergie théorique. «Si la pensée n’a pas le pouvoir de modifier le cours des choses, elle en fait partie, elle y compte, si humblement que ce soit.» Le Nouveau Monde est écrit comme «modeste contribution» à l’advenue d’une «éventuelle démocratie future».

Comment redonner à la politique «une fonction effectivement centrale dans le fonctionnement collectif, […] en tant que lieu de délibération au sujet de soi et des choix de soi, à l’opposé de la dilution et de l’affaissement qui résulte de sa réduction à la régulation du marché des droits, des intérêts et des identités» ?

La liberté, selon Marcel Gauchet, n’est «qu’avec les autres» et «dans la maîtrise de ce qui nous tient ensemble».

Sartre a affirmé « L’homme est condamné à être libre». «Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que je veux dire quand je dis l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et encore néanmoins la liberté, et à partir du moment où il est jeté dans ce monde il est responsable de tout ce qu’il fait. » Très peu de personnes, selon Sartre, sont prêts à accepter et à assumer leur liberté et par conséquent être responsables d’eux-mêmes. Nous préférons projeter la responsabilité de notre situation sur quelqu’un ou quelque chose d’autre.

Si je vous dis que « votre destin est entre vos propres mains », cela vous réjouit ou vous angoisse ?

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