L’agriculture bio peut-elle nourrir le monde ?

Aurelie 29 mai 2017 0
L’agriculture bio peut-elle nourrir le monde ?

Les bénéfices environnementaux de l’agriculture biologique sont clairs. Mais qu’en est-il des rendements ? Bonne nouvelle ! L’agriculture bio est l’agriculture la plus performante sur le plan agronomique et sur le plan social !

Je vous propose ci-dessous l’analyse de Jacques Caplat, un agronome expert en agriculture bio, passionné et passionnant !

L’agriculture conventionnelle provoque la faim… La planète n’est pas en situation de sous-production agricole. Exception faite de situations politiques et géo-climatiques ponctuelles et totalement indépendantes de l’agriculture (guerres civiles, séismes, cyclones), la faim dans le monde est un problème de pauvreté. Les 800 millions d’humains qui souffrent de la faim chaque année sont ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter à manger.

Pourquoi 800 millions d’humains sont-ils incapables de s’acheter à manger ? La majorité d’entre eux sont de petits paysans enfermés dans la pratique de cultures d’exportation. L’obligation faite par l’OMC depuis vingt ans d’aligner les cours intérieurs sur le cours mondial conduit ces fermes à produire en dessous de leur seuil de rentabilité. La spéculation particulièrement importante sur les productions tropicales exportées affaiblit encore plus le revenu de ces petites fermes. En conséquence, une fois leur récolte vendue (à perte), ces paysans n’ont tout simplement pas suffisamment de revenu pour s’acheter de quoi manger à leur faim… Le système agricole mondial, basé sur des cours spéculatifs, est responsable.

Une autre raison est liée à nos choix agronomiques. Les élevages hors-sol européens et nord-américains ne peuvent exister que parce qu’ils importent massivement du soja d’Amérique du Sud pour nourrir leurs animaux. Or, ce soja est cultivé dans d’immenses domaines hérités de l’époque coloniale, qui employaient autrefois énormément de main-d’œuvre. Cette dernière a été remplacée depuis 30 ans par des machines et de la chimie… et s’est retrouvée obligée de s’exiler dans les bidonvilles. Ainsi, la quasi-totalité des habitants des favelas du Brésil sont d’anciens salariés agricoles (et leurs enfants), réduits à la misère par la généralisation de l’agriculture conventionnelle dans leur pays.

Seule l’agriculture biologique est pertinente pour protéger les rendements

L’affirmation qui prétend que les variétés dites «améliorées » et l’agriculture conventionnelle auraient augmenté les rendements dans les pays du Sud est une imposture. Les variétés «améliorées » nécessitent que l’on puisse adapter le milieu aux conditions artificielles de leur sélection : leurs hauts rendements ne sont assurés qu’à ce prix. Or, si les milieux tempérés (Europe et Amérique du Nord) se prêtent assez bien à cette artificialisation et à ce lissage des conditions de cultures, à coup d’engrais, de pesticides et d’irrigation, les milieux non-tempérés ne s’y prêtent absolument pas et ne pourront jamais s’y prêter !

La variabilité des climats non-tempérés implique que les «conditions idéales de la sélection » ne sont réunies qu’une année sur trois voire une année sur quatre. Le reste du temps, les rendements sont dérisoires, car ces variétés fonctionnent sur le mode du tout ou rien. L’agriculture conventionnelle a fait illusion au début de sa généralisation sous le nom de révolution verte, car elle bénéficiait de la fertilité accumulée préalablement dans le sol et car elle était développée dans des sociétés agraires déstructurées et ruinées par la colonisation puis la décolonisation. Aujourd’hui où le capital-sol a été épuisé et où d’autres agricultures performantes ont pu être élaborées ou retrouvées, le modèle conventionnel montre ses limites et devient proprement aberrant.

Pire, cette agriculture conventionnelle basée sur des cultures pures conduit à rendre les sols particulièrement vulnérables car souvent nus ou demi-nus, et provoque peu à peu une érosion (par les vents, par l’impact des pluies tropicales très violentes, etc.) qui risque de transformer une partie du monde en désert.

À l’inverse, l’agriculture biologique est basée sur la protection des milieux et la reconstitution des écosystèmes. Grâce aux cultures associées (et en particulier aux arbres et arbustes), la bio permet de stabiliser les sols et de les protéger contre les vents et les pluies. Grâce aux cultures associées et à la suppression de la chimie de synthèse, la bio reconstitue et enrichit la fertilité biologique des sols. Grâce aux cultures associées, la bio optimise l’utilisation de la photosynthèse et augmente naturellement et durablement les rendements.

D’un autre côté, l’agriculture biologique s’appuie sur des variétés végétales et des races animales adaptées aux milieux et évolutives. Cela permet non seulement d’obtenir des rendements beaucoup plus réguliers et sécurisants que les variétés standardisées, mais en outre de voir les plantes s’adapter progressivement et insensiblement aux évolutions climatiques en cours. Dans le contexte inexorable des dérèglements climatiques, seules des agricultures utilisant des plantes adaptées, adaptables et évolutives pourront fonctionner à moyen terme.

L’agriculture biologique permet une alimentation accessible et diversifiée

Produire ne suffit pas. Pour qu’une population se nourrisse, encore faut-il qu’elle ait un travail donc un revenu, et que les aliments disponibles permettent de disposer d’une alimentation équilibrée. C’est justement l’une des grandes vertus de l’agriculture biologique. Comme elle permet de maintenir une main-d’œuvre agricole nombreuse, la bio évite l’exode rural. En outre, les techniques bio imposent une diversité de cultures (cultures associées, rotations complexes), et par conséquent conduisent à une alimentation beaucoup plus riche et équilibrée que l’agriculture conventionnelle.

L’agriculture biologique nourrira bien mieux l’humanité que l’agriculture conventionnelle

Le résultat est indiscutable. Toutes les études internationales qui ont étudié les rendements réels dans les fermes réelles sur des millions d’hectares (et non pas des rendements expérimentaux d’agronomes réductionnistes) parviennent à la même conclusion, sans aucune exception, sans controverse possible. Dans les pays non-tempérés, correspondant aux trois-quarts de la planète et à la quasi-totalité de l’humanité, les rendements de l’agriculture biologique sont aujourd’hui supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

Les seules régions du monde où les rendements bio sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle sont le Canada et l’Europe. Comment s’en étonner ? En Europe et en Amérique du Nord, les paysans ne peuvent pas disposer de variétés adaptées aux milieux (les règlements sur les semences les en empêchent), ne disposent pas de savoirs sur les cultures associés et l’agroforesterie (certains pionniers les inventent actuellement, mais beaucoup reste à faire), ne peuvent pas développer de systèmes riches en main-d’œuvre (car toute la fiscalité a été bâtie pour défavoriser l’emploi et favoriser la mécanisation, créant une terrible distorsion de concurrence à l’encontre des agricultures riches en emploi).

À l’échelle mondiale, l’agriculture biologique est globalement plus performante que l’agriculture conventionnelle et elle est parfaitement capable de s’adapter aux changements climatiques, tout en nourrissant… le monde entier !

Merci à Jacques Caplat:

Ma démarche s’inscrit résolument dans le principe de l’éducation populaire : mon propos n’est pas d’asséner un « savoir » tout fait, mais de donner au public les clefs de compréhension qui lui permettront de se forger sa propre opinion, de diffuser à son tour l’information, et d’aller plus loin s’il le souhaite.

Je suis donc avant tout un passeur.

Je ne suis que l’héritier de centaines de générations de paysans et de plusieurs générations de pionniers de l’agriculture biologique (paysans comme agronomes). Mon rôle n’est que de rendre cette « histoire en marche » accessible au plus grand nombre et d’aider à l’émergence des innovateurs de demain.

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