L’apprentissage de la paix

Catherine 27 octobre 2017 0
L’apprentissage de la paix

David Van Reybrouck, écrivain, anthropologue et archéologue, et Thomas d’Ansembourg, ancien avocat, psychothérapeute, auteur d’ouvrages sur le développement personnel et formateur en communication non violente étaient à Bruxelles mardi dernier pour une conférence sur leur ouvrage : « la paix, ça s’apprend ! ».

Les deux orateurs expliquent leur idée principale : découvrir la paix intérieure pour aller vers la paix extérieure.

Ils ont entamé la rédaction de leur ouvrage juste après les attentats de Paris : comment en était-on arrivé à créer une société avec autant de mécanismes de rejet de l’autre ? Et pourquoi le mot « paix » n’apparaissait-il plus dans les grandes déclarations comme ce fut le cas encore au siècle dernier et avant-dernier?

Les deux auteurs ont introduit leur propos en précisant que la pratique de la paix, comme toute pratique, prend du temps. Elle demande des efforts, de l’engagement, de la discipline. Elle nécessite aussi un travail d’écoute sans jugement et une attitude posée.

En parallèle à son développement sur la paix, Thomas d’Ansembourg a posé une question fondamentale : pourquoi se lève-t-on le matin? Sa réponse est sans appel: « pour s’enchanter de la vie ». Pour « être » et non pas pour « faire », pour « ressentir un plaisir profond d’être là, ici et maintenant ». Mais si cet état d’enchantement est difficile à atteindre, alors précise-t-il, essayons seulement d’être dans un état de « paix », dans un état de « contentement ».

Thomas d’Ansembourg a énoncé tous les mécanismes de compensation que l’être humain met en place afin de palier le manque « d’être » dans cet « état de paix » : drogue, alcool, consommation à outrance de tout type de produits, sports extrêmes. « Nous avons fini par créer tous ensemble une société de consommation maladive, qui cherche à compenser le mal-être plutôt qu’à nourrir le bien-être chez chacun d’entre nous. » insiste-t-il.

David Van Reybrouck : « pour être dans un état de paix, il faut soigner son hygiène de conscience et pacifier son espace d’humanité. Un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant, qui prendra soin de lui et de son environnement, qui pratiquera l’écoute, l’empathie et la bienveillance. La crise de valeur et de mal-être profond se ressent sur différents plans. Le suicide en est un. En Belgique, un suicide de personnes de moins de 30 ans a lieu tous les 10 jours et il rappelle que pour chaque suicide, 10 tentatives en moyenne en découlent. »

David Van Reybrouck a aussi précisé que selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la menace la plus importante dans les 50 prochaines années sera celle relative à la santé mentale, « nous assisterons à une épidémie d’êtres en désespérance ». Pourtant la solution est simple et des méthodes existent dit-il. « Ne serait-ce que par la pratique de 10 minutes de méditation ou de respiration par jour ».

Les deux auteurs concluent également que le monde politique doit intégrer ces notions de pacification au lieu de surfer sur la violence verbale et comportementale. En Grande-Bretagne, le Parlement britannique a d’ailleurs intégré cette notion et instauré des séances de méditation de pleine conscience avant les débats.

Ce travail de discernement permettra de remettre en question le système actuel, de démanteler les schémas de pensées rétrogrades, d’instaurer un climat d’enchantement.

L’homme s’est préoccupé et se préoccupe toujours de l’hygiène physique mais il est nécessaire de se pencher désormais sur l’hygiène « psychique ». Pour cela, des pratiques, des rituels sont à mettre en place: créer un dialogue intérieur, se décrasser de ses tensions, instaurer une nouvelle discipline de vie.

Ce travail d’intériorité est même un enjeu non plus uniquement de santé publique mais de sécurité publique comme on peut le voir aujourd’hui avec le nombre grandissant de gens qui sont désorientés. On peut observer une perte immense de repères.

La conclusion de cette conférence est le rappel de la nécessité absolue d’avoir un rapport non violent à soi mais aussi au temps. La bataille contre le temps est une bataille perdue d’avance.

Cessons de courir. Arrêtons-nous, observons, respirons et agissons en toute conscience.

Capture d’écran 2017-10-27 à 09.04.43

Leave A Response »