Correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès

Aurelie 26 juillet 2018 1
Correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès

«Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé», écrit Catherine, la fille d’Albert Camus dans son avant-propos à la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès.

L’été est la saison idéale pour lire cette volumineuse correspondance, depuis le début de leur relation en juin 1944 jusqu’à la veille de la mort de Camus, le 30 décembre 1959.

En 1944, Albert Camus et la comédienne Maria Casarès se sont rencontrés lors de la représentation-lecture du Désir attrapé par la queue de Pablo Picasso. Elle a 21 ans. Il en a 30. Albert Camus vit alors seul à Paris, la guerre l’ayant éloigné depuis deux ans de son épouse Francine, enseignante à Oran. Durant la nuit du débarquement en Normandie, Albert Camus et Maria Casarès deviennent amants. Maria décide ensuite de mettre fin à cette relation qui lui semble sans avenir, au vu de la situation conjugale de Camus. Mais quatre ans exactement après leur première déclaration, le 6 juin 1948, Albert et Maria se retrouvent, par hasard, sur un boulevard à Paris.

Cette correspondance est un hymne à l’amour, aux passions, qu’elles soient d’ordre sentimental, amicales ou professionnelles car tous deux bâtissent une oeuvre ensemble. Ce sont deux personnes solaires, tourmentées, à la fois débordants de vie et de frustrations. Leur correspondance pallie à l’absence: Albert Camus doit soigner sa maladie, la tuberculose, il est engagé dans ses écrits, ses cycles de conferences, il est également présent auprès de sa femme et ses enfants. Cette situation le déchire, le met certains jours dans des états de profonde déprime, mais il se relève grâce au rayonnement de Maria Casarès, qui lui confie ses états d’âme, nombreux chez elle aussi, mais qui lui confirment une confiance absolue en leur amour et destinée. Chacun s’appuie sur l’autre pour faire éclater ce qu’il y a de plus profond en chacun d’eux.

Cette correspondance ce sont des lettres qui décrivent la douleur de la séparation, de l’absence, du manque. Ce sont des cris déchirants. « J’ai tant besoin de toi pour vivre » est decliné de mille manières, et quelles manières… Quelle richesse dans la description de ces élans !

Cette correspondance m’a permis de découvrir un autre Camus, je l’imaginais toujours fort et courageux, dans un flux constant d’idées lumineuses. Or, il a connu des jours ‘perdus’, non féconds, pendant lesquels, obligé de se reposer pour guérir de sa maladie, loin de la vie parisienne, il s’est retrouvé face à lui-même, se trouvant parfois fort seul et démuni.

Ces lettres témoignent du fait que deux personnalités au destin si incroyable ont connu elles aussi des journées qu’ils jugeaient sans grand intérêt, ils ont été entourés parfois de personnes qui les ennuyaient. Ils devaient sans cesse faire des efforts sur eux-mêmes, s’astreindre à une certaine auto-discipline pour faire aboutir leurs projets.

Se seraient tant aimé si au lieu de se sépaper et se retrouver sans cesse, ils avaient vécu côte à côte leur intimité ? Je me suis posé la question tout au long de ces lettres… Ces deux êtres auraient-ils pu préserver à la fois leur besoin  d’indépendance et leur besoin de fusion de leurs âmes, corps et esprits ? N’est-ce pas finalement cette mise à distance qui leur a permis de forger leur complicité désormais éternelle ?

Nous ne devons rien faire que nous aimer, nous aimer le plus fort et le mieux que nous pourrons, jusqu’à la fin, dans notre monde à nous, écarté du reste, dans notre île, et nous appuyer l’un sur l’autre pour faire triompher notre amour par sa seule force, par sa seule énergie, en silence. (Maria Casarès à Albert Camus, lettre du 18 juillet 1949)

Deux jours entiers de passés sans t’écrire mais pas une heure, une pensée, une tristesse vague, un plaisir quelconque, une lecture, une promenade, un lever, un coucher qui ne mènent directement à toi. Est-ce que je souffre de ton absence ? Oui. Est-ce que je suis malheureuse ? Non.

Avec une patience dont je ne me serais crue capable, j’attends. J’emploie chaque jour, chaque seconde qui s’écoule à m’approcher de toi. Tout instant fini me comble de joie par le fait qu’il ne se pose plus entre toi et moi. Tout instant à venir m’est doux car il se trouve dans mon chemin vers toi.

Ce n’est pas je t’assure fausse littérature. C’est en moi comme la faim et le soleil. Ce n’est pas non plus romantisme. Je ne suis pas le moins du monde altérée et toute ma vie de vacances s’écoule dans un calme de corps et d’esprit qui est nouveau pour moi.

C’est tout simplement que je t’aime et que tu sois près ou loin, tu es toujours là partout et que le seul fait que tu existes me rend pleinement heureuse. (Maria Casarès à Albert Camus, lettre du 3 août 1950)

Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons nous plonger dans l’intimité d’un puissant amour, merci à Catherine, la fille d’Albert Camus, qui a permis que ces lettres soient publiées.  Je partage son émotion.

C’est ça la magie de l’écrit, deux êtres qui me sont étrangers me sont devenus chers comme s’ils avaient été mes proches à moi aussi…

One Comment »

  1. Danielle 4 août 2018 at 19 h 07 min - Reply

    Magnifique, et même magique, Aurélie!

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