Inès Mesmar, créatrice de la Fabrique nomade

Aurelie 7 septembre 2018 0
Inès Mesmar, créatrice de la Fabrique nomade

Inès Mesmar, ethnologue de formation, a créé La Fabrique nomade qui accompagne les migrants ou réfugiés possédant une experience dans l’artisanat afin de leur trouver un emploi qui corresponde à leur savoir-faire et à ce qui les fait vibrer ! Son objectif : «Changer de regard sur les migrants», en les aidant à valoriser leurs «compétences artisanales acquises dans leur pays d’origine».

Quel a été le déclic de la Fabrique nomade ?

« Un jour, au hasard d’une conversation, j’ai découvert que ma mère avait eu un métier dont elle ne m’avait jamais parlé : brodeuse dans la médina de Tunis. J’ai eu envie de comprendre si l’abandon de son métier relevait de sa propre histoire ou était celle d’autres personnes. J’ai enquêté et recensé six freins rencontrés par les réfugiés ou migrants : la langue, la non-reconnaissance de leurs compétences professionnelles, l’absence de réseau, la méconnaissance du marché (travail, fonctionnement des entreprises…), la dévalorisation de soi et enfin la déqualification. »

L’obstacle le plus important reste la tentation de ce qu’elle nomme «l’effacement de soi». «Quand ma mère est arrivée en France, elle avait fait deux ans en école de broderie, avait décroché un diplôme, et était déjà devenue couturière. Mais quand on migre, on perd ce qu’on est. Il y a cette idée qu’on doit repartir à zéro, faire autre chose, qu’il n’y a plus de place pour ce métier. Je crois que ma mère ne s’est même pas vraiment posé la question, c’était comme évident pour elle qu’elle n’allait plus avoir la même profession».

Cette posture, Inès Mesmar l’a retrouvée chez d’autres migrants contactés dans le cadre de son association. Elle se souvient par exemple d’une brodeuse vietnamienne, dont les yeux s’illuminaient dès qu’elle parlait couture, fils et tissus, mais qui semblait n’avoir aucune envie de lâcher son poste de caissière pour autant.

Que fait la Fabrique nomade en réponse à tout cela ?

« Notre accompagnement lève ces freins à travers un programme de six mois. Nos artisans sont remis en confiance via des ateliers de pratique artisanale, qu’ils animent ; nous leur faisons découvrir l’artisanat d’art (visites de musées, etc.) et le monde du travail (rencontres d’entreprises artisanales) ; nous mettons en place des collaborations professionnelles où ils sont en binôme avec un artisan ou un designer français dans le but de co-créer un objet vitrine de leur savoir-faire. La collection ainsi née les promeut lors de différentes manifestations (Journées européennes des métiers d’art, etc.). »

Aujourd’hui, La Fabrique nomade nous propose des ateliers (de poterie, de travail sur bois, …) pour découvrir des savoir-faire singuliers tout en soutenant l’insertion professionnelle d’un artisan réfugié. Voilà un cercle vertueux !

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